Un leader, peut-il montrer une émotion négative?

Les larmes de George Washington
Pour un leader d’aujourd’hui, montrer sa « faiblesse » relève d’un comportement parfaitement indésirable. Cela n’a pas toujours été le cas. Vers la fin de la guerre d’indépendance des Etats Unis, les soldats de l’armée continentale apprenaient que le Congrès n’avait plus d’argent pour payer leurs services. Certains d’entre eux préconisaient même l’usage de la violence pour exiger leurs dus. Comprenant le danger que représente une armée sans solde, le général George Washington tente sans succès de persuader le Congrès de trouver l’argent pour payer les soldats. Quelques mois plus tard, lors d’un diner en honneur de la retraite du général de son poste de commandeur en chef, l’hostilité entre le Congrès et Washington était palpable dans la salle.

Pour couper cours à la colère, Washington se lève et porte un toast en souhaitant aux officiers … « que vos jours à venir soient aussi prospères et heureux que les jours passés…glorieux et honorables » (Fleming, 2009,13). Au moment où les hommes lèvent leurs verres, les larmes coulent sur les joues de Washington. A la vue des larmes de Washingtons la colère ambiante avait comme disparue.

Non seulement les officiers reconnaissaient à quel point Washington regrettait d’avoir échoué à obtenir leurs soldes mais aussi avaient ils perçurent sa déception que le Congrès ne reconnaisse pas les efforts fournis pour le pays.

Photo de Gerd Altmann, Pixabay

Quatre mois plus tard, alors que Washington annonce son retrait de commandant en chef devant le Congrès, ses larmes coulèrent à nouveau. Plus tard, un membre du Congrès, témoin de l’émotion qui avait envahit Washington lors de ses adieux écrivait : Tous ont pleuré (Fleming, 2009,14).

De nos jours il semble quasi inconcevable qu’un leader manifeste aussi ouvertement son regret ou sa déception par les larmes. Et l’idée qu’un président moderne pourrait émouvoir aux larmes les membres du Congrès est parfaitement inimaginable.

Exprimer la colère face aux échecs, malgré les efforts investis, semble être largement accepté. Lister les raisons qui ont mené à l’échec et blâmer les personnes qui ont privé le leader du succès est une autre réaction face à des nouvelles décevantes. En revanche, exprimer les regrets, prendre la responsabilité de l’échec et montrer une émotion comme la tristesse n’est pas une pratique commune actuellement.

Comment réagirait une organisation moderne face à l’expression de tristesse à l’occasion d’un mauvais résultat, comme l’a fait Washington ? Pourrait-on imaginer un orateur ou une oratrice convaincre leurs collègues devant le Congrès en exprimant la profondeur de leurs émotions ?

Est-ce qu’un PDG pourrait changer l’ambiance d’une réunion d’administration en montrant une émotion comme la tristesse ? Et qu’elle serait la réaction s’il s’agissait d’une femme plutôt que d’un homme qui pleurait au sujet d’un résultat indésirable ?

A ma connaissance aucun livre de leadership, aucun guru de management ne recommande l’usage des larmes pour marquer un point. Et pourtant, montrer son humanité est une idée intrigante qui pourrait être en phase avec la théorie moderne du leadership authentique (George, 2003). Le leadership authentique repose sur l’idée d’avoir une connaissance claire de ses qualités personnelles et de la capacité à les mettre au profit dans leurs interactions avec ceux qui les suivent.

La « Great Man Theory » (Jago, 1982) pourrait évidemment expliquer l’efficacité des larmes de Washington. Peut-être que Washington était juste un personnage exceptionnel qui était doté d’un sens de communication dont d’autres ne disposaient pas. Ou bien, en fin de compte les larmes de Washington incarnent l’idée de la Gestalt Thérapie qui présume que les émotions existent pour nous aider à comprendre et interagir de façon appropriée avec le monde dans lequel nous vivons. (Smither, 2008)

Quelle que soit la réponse, il semble peu probable que les leaders modernes partagent leurs larmes avec leur environnement professionnel. L’image du personnage dirigeant fort, déterminé, toujours en contrôle est bien plus sécurisante que d’exprimer une émotion personnelle comme la tristesse qui pourrait faire émerger les larmes – même si George Washington n’avait pas peur de montrer les siennes.

References:
Fleming, T.  (Spring 2008).  George Washington’s tears.  MHQ:  The Quarterly Journal of Military History, 20, 8-14.
George, B.  (2003).  Authentic leadership:  Rediscovering the secrets to creating lasting value.  San Francisco:  Jossey-Bass.
Jago, A. G.  (1982).  Leadership:  Perspectives in theories and research.  Management Science, 28, 315-336. 

Traduction par G. Eibner. Publication avec authorisation de l’auteur Robert Smither Ph.D
Texte original ICI

 

Etre Gestaltist implique être co-responsable de la société

En Gestalt Thérapie l’accent est mis sur la relation que nous entretenons à nous-même et au monde. En tant que professionnelle de la Gestalt Thérapie, cette conscience est en mouvance permanente chez moi et oriente, entre autre, ma curiosité vers les projets alternatifs du « vivre ensemble autrement » qui émergent depuis un certain temps. Ainsi, je partage ici le récit inspirant du duo CamCam.

Il y a un an, Camille et Camille, elle et lui, ont décidé de traverser la France en vélo à la rencontre de projets collectifs et alternatifs aux modes de vie traditionnels. Leur dernière missive intitulée « La Guidonnette », adressée à tous ceux et toutes celles qui suivent l’aventure, pétille d’étonnantes rencontres de projets bien réels et propose une autre vision du monde dans lequel on pourrait vivre. Avec leur accord, je partage ce qui, je l’espère, va titiller la réflexion de plus d’un ou d’une. Bonne lecture.

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